Comme il a été rappelé récemment dans un livre exposant les conditions dans lesquelles les nazis sont arrivés au pouvoir, il ne faut cesser de répéter que le fascisme fait fi des élections et des règles démocratiques, car ce ne sont pas ses modalités d’accès au gouvernement. Un antifascisme qui se limite au contradictoire parlementaire est à peu près aussi utile qu’une toilette pour quelqu’un qui pisse dans un violon. C’est en cela que l’antifascisme autonome est nécessaire : parce qu’en vivant hors des institutions, il s’est prémuni des illusions de ce qui est appelé démocratie ou république.
Dès lors, se pose la question de la violence. La violence physique et son éternelle symphonie de condamnations. Encore une fois, l’amnésie semble avoir frappé le peuple de gauche. Dans la France de Macron, faite d’intérimaires toujours plus précaires, de morts en exil toujours plus nombreux et de décès dans les couloirs des urgences, nous ne serions plus capables de minimiser ou a minima de recontextualiser la mort accidentelle d’un néonazi ? C’est pourtant la pierre angulaire de certaines tendances historiques de la gauche. La violence physique pratiquée à l’échelle individuelle est sans commune mesure avec la violence sociale, tout aussi réelle et palpable, qui tue par milliers les travailleurs et les étrangers à qui on ne reconnaît pas le droit de vivre décemment. Et parmi les vecteurs de cette violence, on trouve le racisme, la préférence nationale et la haine de l’étranger. Des valeurs partagées par Quentin Deranque qui, par son militantisme, contribuait à leur donner une matérialité.
Il faut avouer que ce n’est pas une très grande surprise que les forces de gauche institutionnelles trahissent notre camp à ce sujet-là. Cependant, peut-être faut-il rappeler à une certaine base militante, bercée par un imaginaire de radicalité « sauce LFI », qu’il ne peut y avoir de radicalité concrète dans des partis qui ne pensent le pouvoir que sous le prisme électoral.
Si ce n’est pas une surprise, on peut tout de même déplorer l’empressement avec lequel les cadres de LFI ont tourné le dos à leurs camarades de la Jeune Garde. À cette critique, la réponse apportée est le plus souvent pragmatique : ils ne peuvent pas se permettre politiquement de soutenir un mouvement qui a causé la mort d’autrui. Pourtant, le RN et ses sbires n’hésitent pas à soutenir les policiers qui tuent un adolescent, à salir l’image de Nahel et à justifier sa mort par son passé de pseudo-délinquant. Certes, les deux situations divergent en plusieurs points, mais on ne peut que souligner la manière dont la droite fait bloc derrière ses forces les plus violentes. Il serait temps que la gauche fasse de même et se rende compte que son capital politique ne se calcule pas uniquement en sièges, mairies et sondages, mais également dans la lutte quotidienne contre l’extrême droite, dont la pluralité des moyens d’action ne doit être que valorisée.
Parmi ces moyens, on retrouve donc la violence physique. Cette violence qui a coûté la vie à Quentin Deranque, néonazi assumé, dans une rixe à laquelle il a sciemment participé. Une rixe comme il y en a toutes les semaines sur le territoire français entre des groupes d’extrême droite (prônant une société raciste, masculiniste et autoritaire) et des groupes d’extrême gauche qui s’opposent à leurs idées. Des vidéos de camarades antifascistes se faisant lyncher, il y en a plein. Cette fois, un militant d’extrême droite décède. Les conséquences politiques et judiciaires de cet événement devraient être les seules préoccupations de notre camp. La mort d’un néonazi ne doit pas signifier une défaite de la gauche, la mort n’éblouit pas les yeux des partisans






