« Avec nous pour en finir avec eux »

« Toc toc toc... qui est là ? »
[Un tract]

paru dans lundimatin#488, le 16 septembre 2025

On prend rarement le temps de lire les tracts que l’on nous tend. S’ils consistent désormais et le plus souvent à annoncer l’ouverture d’un nouveau fast-food ou la candidature d’on ne sait quelle tête d’ampoule à on ne sait quelle élection, restent quelques tracts « politiques » dans les manifestations pour nous vendre tel ou tel groupuscule aussi rarement inspiré qu’inspirant. Quelle fut notre surprise en lisant celui-ci, ramassé par mégarde sur les pavés de Lyon. Il dit beaucoup et simplement ce qui aura suffit à nous convaincre de le reproduire dans nos pages.

Aux Révoltes d’aujourd’hui,
Aux Gilets jaunes d’hier,
Aux Futurs insurgés,
À tous Ceux qui n’en peuvent plus,
À toutes Celles qui en ont marre,

C’est une fin de régime, qui s’allonge.
La salle met du temps à se reéclairer,
Souvent on a l’impression d’avoir peu de temps,
de courir comme un hamster dans une cage.
« Bloquons tout ! »
Notre message, notre hypothèse, notre victoire.

TOC TOC TOC... QUI EST Là ?

Gouverner, c’est repousser le plus longtemps possible le moment où le peuple sonne à la porte et vient demander des comptes. Le moment où la populace vient pour vous pendre et où vous êtes obligé de dégager en vitesse, en carrosse ou en jet privée, à Varennes, en Arabie Saoudite ou à Moscou.
Pour les révoltés de jadis, les Spartacus et les Louise Michel, les Cartouche, les éborgnés des derniers mouvements. Pour elles, pour eux, aller jusqu’au bout.
Après-demain, pour ne plus être un sujet dans le royaume de la Macronie.
On aura des choses à raconter à nos enfants.

Aujourd’hui, nous luttons contre cet ignoble régime politique. Pour l’instant, il affiche une confiance déconcertante. Ceux attraper avec les doigts dans le pot de confiture ne baissent pas les yeux (gros manque d’éducation). Ceux et celles qui passent en conseil de discipline commission d’enquête parlementaire (fonds Marianne, Bétharram, McKinsey, etc.) font les malins et haussent le ton. Y’a des claques qui se perdent. Pour le reste, la classe politique gère encore le pays en passant des lois pour contenter la Milice Nationale et plaire au Dieu-économie : les deux mamelles du régime. Les deux bases matérielles et idéologiques auxquelles il faut s’attaquer, par différents moyens.

Pour obtenir le simple retrait d’une taxe « écologique » sur les carburants, les gilets jaunes de 2018 ont dû mettre la barre à un niveau quasi-insurrectionnel. Si on atteint pas ce stade, le robot se bloque et répète mécaniquement : « manifester son opinion et sa colère est un droit constitutionnel, bzzziiiit, mais dans le calme et le respect des lois, bzzziiiit... »

Partout, le travail salarié, les galères, la course, les budgets pour tout payer parce que tout a été rendu payant, l’injustice, les mensonges. Certains luttent pour des aménagements, d’autres pour renverser le régime et réouvrir toutes les possibilités vérouillées. Les macronistes et la classe politique qui nous gouvernent pensent avoir manqué de pédagogie. On nous parle beaucoup de « dette » en ce moment. Le pays serait bien sûr en faillite. Mais il faut avoir été complètement abruti par France Info et BFM pour croire à ces bêtises – ils sont comme des bonbons : quand on les casse en deux, y’a une phrase débile qui sort. « Il va falloir se serrer la ceinture et commencer à rembourser la dette », travailler les jours feriés, un peu moins d’arrêts maladie, « au turbin ! » Hahaha ! La dette c’est d’abord une gigantesque escroquerie. Dans l’Antiquité, la dette c’est le moyen de soumettre les pauvres gens, des familles et d’en faire des esclaves en cas d’impayés (« tu peux pas rembourser ? T’as qu’à nous vendre ta fille »). La dette, c’est aussi l’outil qu’utilisent les mafieux : « aujourd’hui on va te rendre un service, mais en échange tu vas nous être redevable... » En fait la dette, c’est fabriquer des obligés, des potentiels quasi-esclaves. Y’a pas plus de « dette à rembourser » que de girafes au Pôle Nord.

La dette est une vieux problème, une vieille combine. C’est presque une mécanique. Déjà, à l’époque de la Mésopotamie, des Summeriens et des Babyloniens, les édits d’effacement général des dettes étaient monnaie courante : si trop de dettes, trop de gens obligés de vendre leurs enfants et de se vendre eux-mêmes et d’être réduit en esclavage et la cocotte explose. BOUM ! Soulèvement généralisé, révolte armée et bingo ! On casse les tablettes où les créances sont consignées. Et c’est la liberté ! On repart à 0 ! Le premier sens du mot « liberté » est « youpi, je rentre chez ma mère ! » C’est arrivé tellement de fois, que les dirigeants de l’époque décrétaient régulièrement eux-mêmes des effacements général de dettes pour éviter les soulèvements populaires. Malin. (Aujourd’hui, ils nous méprisent tellement qu’on a même plus droit à ça). Pendant longtemps Annulation des dettes + Destruction des registres (en allant foutre le feu au château) + Redistribution des terres a été le programme revendicatif classique et minimal des révolutions paysannes de partout.

Qu’est-ce que ça veut dire pour nous, qui ne sommes plus paysans depuis quelques générations, annuler la dette, casser les tablettes et mettre à bas le régime ? « La révolution c’est une affaire de sentiments. Partagés. Traversants. Quand on se met à y croire. Des morceaux de joie, de colère, les étoiles dans les yeux pour les foules qui ont traversé les nuages de lacrymo place de l’Étoile ou sur les Champs, après avoir fait le voyage depuis leurs arrières mondes... »

Envoyer 80 000 policiers contre les manifestants du 10 septembre et interdire des manifestations pour le peuple palestinien ne peut être que l’acte d’une bande de fous-furieux. Un État assez malade pour se rebeller contre sa propre population ne peut plus se réformer. Il faut juste lui marcher dessus. La lutte n’est pas terminée. Ou elle recommence, on ne sait plus bien. Avant-hier, il y a quinze ans, les peuples arabes se soulevaient et balayaient des régimes qu’on disait éternels. Hier, en 2018, les gilets jaunes mettaient un pied dans la porte et avaient pousser le plus loin possible. L’hélicoptère était prêt à décoller de l’Élysée pour exfiltrer le banquier devenu président. Des policiers s’imaginaient défendre l’Assemblée Nationale à coup de revolvers. Mais les LBD40, les grenades et les nuages de lacrymogène ont eu raison du petit peuple jaune. L’autre jour, le premier ministre du Népal vient d’être chassé par la rue. Et l’endroit où s’organisaient les ennemis du peule (le parlement) brûlé. Depuis des mois, un mouvement en Serbie a réussi à chasser son gouvernement.

La situation n’est pas mauvaise. Il faut continuer les occupations, seules bases véritables et matérielles d’organisation du mouvement. Et sans rancune, les pousser dans l’escalier.

TOUT LE POUVOIR AUX ROND POINT !
Une version PDF téléchargeable est disponible ici.

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