Comme d’elles il dépend,
Chaque une égale aux autres, d’un même Oui
Qui diffère en elles-mêmes,
Tendues entre l’être où elles rayonnent
Comme l’astre rayonne en elles,
Minuscules miroirs,
Et l’existence qui tantôt les sauve,
Tantôt les piétine,
Les coupe net sous la lame,
Les mâche dans gueule de bœuf,
Ou les ignore,
Au ras des pâquerettes.
Que la brise enfle, les voilà agitées,
Danse d’enfants souriants
Sous l’éclat de lumière, dans la vague
Portées, chahutées sur place, nues, flottantes,
Mille têtes blanches et jaunes
Que le corps ne tient guère plus
Qu’une tige de défi, un brin vert souple
Et de mince fierté,
Dans la mer émeraude des prés.
Souffle plus encore la brise,
Elles dansent possédées,
Musique pulsée, de cadence
Arythmique, accélérée,
Corps de ballet diffracté,
Mécanique de Calder,
Petit peuple de passage,
Elles rient d’un bonheur d’instant,
Ignorent la mort
Qui viendra du dehors,
Assèchement du temps qu’il fait,
Invasion des rivales,
Meurtre de masse des Titans robots.
Elles feront place nette,
Oublieuses infidèles et trahies
De leur astre lui-même
Tourné vers d’autres amours,
Sœurs de cruauté auxquelles
Elles ne feront pas
Injure.
Au ras des pâquerettes,
Nous voilà, monstre achevé
Du désastre chéri, de
L’oubli d’un Dieu de nulle part,
Que les sangsues veulent arrimer
De leur infecte glu,
Quelque part, pour elles seules,
Dévorantes, suceuses, obscènes.
Me voilà droit, roseau séparé,
Penché légèrement vers elles,
Noyé dans l’éclat de leur offrande,
Incapable de répondre à leur signe,
De répondre de moi-même
En m’oubliant moi-même,
Bête comme mes pieds errants
Sur le sol d’un printemps
Épouvanté.
Entre la fin du monde
Et la fin des hommes,
Ont-elles à choisir ?
C’est la fin des hommes qu’elles verront,
Regard brûlé d’allégresse
Et de douleur,
Et d’incompréhension,
Qui nous perce à jour,
Tendrement au grand jour,
Nous dé-visage
Avant de se refermer
Sous les paupières du soir,
Au ras des pâquerettes.
Aux enfants de Gaza
Patrick Condé






