Alerte incendie

« Il est grand temps de saisir les extincteurs »

paru dans lundimatin#505, le 20 janvier 2026

Quand on offre un lance-flammes à un incendiaire il ne faut pas s’étonner qu’il mette le feu. Quand on donne à un candidat avoué à la dictature le pouvoir qui lui permettra de l’exercer ; quand on lui fournit les moyens d’imposer totalement ses décisions, il ne sert à rien ensuite de se plaindre qu’il en use sans modération. La sidération affichée de la plupart des roitelets du monde devant les coups de force du pacha trônant à la Maison Blanche, est un ridicule vaudeville.

Ces cris offusqués devant l’irrespect du prétendu « droit » dans le cadre duquel les gouvernants de la planète devraient agir montrent surtout la raison profonde de leur dépit : Le molosse qui les aidait à faire tenir leurs petites tyrannies leur montre qu’il veut que ce « service » lui rapporte plus, qu’il n’hésitera pas à leur piquer de plus grosses parts du butin puisqu’il a les moyens de le faire, et qu’il se moque complètement que sa manière de sauter à gros bombardiers sur la table du festin perturbe leurs petites arnaques.

En ne prenant « pas de gants » [1]pour lancer ses razzias ; en chamboulant les règles et codes hypocrites du guignol diplomatique et en méprisant allègrement le « Conseil de sécurité » grabataire censé les faire respecter, Trump ne fait que se comporter conformément à ses promesses électorales de Matamore [2]. Si, élu pour être « gendarme du monde il se prend pour un braconnier » [3], c’est parce qu’il ne fait qu’appliquer son programme prétendant restaurer la « grandeur » impériale de sa boutique, en écrasant tous les concurrents. Il ne fait qu’agir comme le reste des chefs mafieux se partageant, et se disputant la gouvernance du monde. Mais il le fait comme le plouc lourdingue qu’il est, sans s’embarrasser d’enrober ses agressions de trop de baratin visant à persuader ses victimes du bien fondé des coups qu’il leur inflige.

Ayant enfilé de travers son cache-sexe de Libertador accourant au secours des peuples insurgés contre leurs tyrans, il laisse tellement voir que ce n’est qu’un prétexte éhonté pour leur imposer sa dictature, piller leurs ressources et les faire trimer à son profit, qu’il abîme de lui même sa posture de Zorro. Trump trompe mal. Par tous les pores de son ego boursouflé il braque les projecteurs sur ce qu’il est réellement : un vampire affamé prêt à tout pour se gaver. Ce faisant il renverse aussi les paravents publicitaires soutenant l’inféodation du monde à ce conglomérat de saigneurs rivaux dont les bagarres, sèment partout la cruauté, la douleur et la mort.

Au contraire de ce que lui reprochent ses objecteurs, Trump respecte le droit. Il applique le seul droit véritablement existant : le droit du plus fort. Aucun droit, jamais, n’a pu s’affirmer et obtenir d’être respecté s’il n’avait pas la force de le faire, à commencer par les fameux « droits de l’homme », enfants de la prise de la Bastille. Le droit ne fait toujours qu’entériner ce qu’une force a obtenu et peut défendre. Les tyrans l’ont largement prouvé à leur manière, en se servant de la force de leurs soudards pour renverser les barrières légales conçues pour les contenir. Mais les combattants contre toutes les dictatures l’ont confirmé : Le « droit » d’un moment, définissant et cadran les rapports au sein d’une société, n’est pas la formulation d’une vérité inébranlable et de comportements immanquablement justes, c’est un outil occasionnel dans les affrontements sociaux. A qui veut imposer son droit, il a toujours fallu opposer le droit de résister.

Par la franchise cynique de ses agressions et de ses menaces, Trump oblige à se souvenir de cette vérité : si tu ne veux pas subir les coups du fouet ne te mets pas à genoux devant le bourreau. C’est en cela qu’il irrite ses concurrents au poker géopolitique, surtout ceux qui ont choisi de faire carrière sous l’une ou l’autre des bannières portant label « démocrate ». En déplorant le mépris de la « démocratie » que Trump manifeste sans vergogne, c’est tout le mensonge sur la réalité de ce qui se présente sous cette étiquette qu’ils essaient de sauver. Leur « démocratie » c’est sa perversion gérée par les oligarques. C’est le mensonge qui, justement, a permis d’installer des Trump et autres Poutine au volant des rouleaux compresseurs écrasant l’humanité, d’où ils s’amusent à appuyer sur le champignon, menant le monde vers le gouffre. C’est l’instrument adoré de tous les professionnels de la démagogie politicarde : la démocrature.

De sorte que ceux qui, aujourd’hui, appellent à « sauver la démocratie » contre les attaques des fascismes décomplexés et modernisés, invitent à sauver un leurre. S’il est vrai que les principes fondateurs de l’idéal démocratique, ayant pour but d’éviter tout accaparement du gouvernail de la société par un ou des dictateurs, sont de bons outils à opposer aux entreprises despotiques, il faut qu’ils soient réels, entiers, solides, et non les lambeaux de peau de chagrin à laquelle les ont réduits les aristos « républicains » et autres champions de la culotte réversible. Si la démocratie peut être l’antidote à la dictature, aujourd’hui elle n’est pas à défendre, elle est à construire.

Les razzias que mènent et promettent de mener Trump et son gang accélèrent la marche de l’humanité vers une possible guerre globale dans laquelle elle aurait de fortes chances de terminer horriblement son parcours. L’apocalypse promise par des prophètes de malheur semble se rapprocher a grande vitesse [4].

Mais la plupart des humains, hors des champs de bataille, ne donnent pas l’impression de s’en apercevoir, peut être parce qu’ils sont coincés dans des soucis de subsistance qui ne leur laissent guère le loisir de s’occuper de ça, ou parce qu’ils se laissent distraire par toute la machinerie conçue pour les détourner de s’en mêler, et parce qu’ils se sentent impuissants, paralysés par leur grande dépendance aux « institutions », coupés de leurs semblables, dépourvus de moyens. Il serait pourtant urgent de réagir alors que les « autorités », largement secondées par les médias, s’emploient à conditionner les esprits à l’idée de la guerre et invitent à « se préparer au pire ».

Or, seul pourrait le faire efficacement un fort mouvement de résistance citoyenne internationale, armé par une souveraineté effective de ses participants, sachant décider et agir en toute indépendance, et peser par cette action sur la marche des événements. Non une organisation hiérarchique charpentée, mais une alliance souple d’opposants, de désobéissants, d’objecteurs, de déserteurs, de saboteurs : Une nébuleuse, retrouvant l’esprit de toutes les résistances à toutes les dictatures de tous les temps, la vivacité, l’imagination, la fraternité combattante. On en est loin. Ce n’est pas une mince tâche, c’est vrai, et il est déjà tard pour s’y engager. Mais, à l’heure où les incendiaires montrent une telle envie de jouer avec leurs lance-flammes et où ils ont déjà commencé largement leurs grillades, il est grand temps de saisir les extincteurs.

Gédicus

Le 19 janvier 2026

[1Dominique de Villepin, Libération, 8 janvier 2026.

[2Voir Les Nérons nouveaux sont arrivés ! lundimatin N° 461.

[3Jean Pierre Raffarin, Le Dauphiné libéré, 15 janvier 2026.

[4Voir Vers une fin effroyable ? lundimatin N° 466.

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