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À nos ami.es qui s’ignorent

paru dans lundimatin#102, le 4 mai 2017

Tu sais moi aussi j’ai peur
Tu sais moi non plus je suis pas sûr.e de tout
De quoi dire
Quoi penser et quoi faire

Tu sais quand on se dit déterminé.es
Quand on se dit énervé.es
Quand on se dit ingouvernables
Quand on se dit qu’il y a quelque part un Nous
Et que ce Nous a des tas d’amis
On cherche autant à te convaincre toi
Qu’à se convaincre nous

Tu sais ce qui m’embête c’est que nous seul.es savons
Que nous pleurons sous nos cagoules
Que ce sont la colère et l’amour qui portent nos banderoles
Que c’est l’enfance increvable qui nous pousse à lutter

Tu sais quand je te parle
Ce que j’aimerais te dire
C’est que merde
C’est nous les gentil.les
C’est nous qu’on est du bon côté
Et si je m’énerve
C’est parce qu’il faut toujours
Toujours tout expliquer
Tout justifier
Pour pénétrer dans ton monde
Sans y être une caricature
Barbouillée de mots creux

Tu sais moi aussi je souffre
Et je souffre que tu me penses
Violent.e
Intransigeant.e
Inconscient.e
Toujours contre
Contre toi
Contre tout

Tu sais moi aussi je doute
Tu sais moi aussi j’ai peur
Tu sais moi aussi j’aime le calme et la tranquillité
Mais je ne peux pas accepter ce calme
Ni le tien
Ni le mien
Quand tant d’autres ne peuvent même pas y penser

Tu sais je crois qu’on croit
Aux mêmes choses
Pas toutes peut-être
Mais quand même
Tu sais le vrai souci
Et pardon de le dire
C’est que tu as peur
C’est que tu es lâche
Et tu sais quoi
Moi aussi
Je le suis
Mais j’essaie chaque jour de l’être un peu moins
Face aux autres
Face à la ville
Face à l’Etat
Et ça n’est pas facile
Non

Ce qui est facile c’est
Taper sur les faibles
Enfermer les folles et les fous
Cracher sur ce qui se bouge

Et fuir ce qui surprend
Tu sais moi aussi j’aimerais que ça soit simple
Mais ça ne l’est pas
Tu sais
Je ne peux pas dormir le soir
Quand je pense à tout ce que je ne fais pas
À tout ce qu’on fait mal
Et à toi
Tu sais je ne veux pas taper sur tout ce qui bouge
Sur tout ce qui ne ferait pas partie de la pensée sacrée
Tu sais je n’aime pas nous croire une élite
J’ai peur de rater quelque chose en te reprochant
D’être trop ceci
Ou trop peu cela
Mais tu sais j’aime à croire que nous sommes l’avant-garde
D’une pensée à venir
D’une forme de vie à venir

Tu sais j’aimerais que tu me vois plus franchement
Sans peur
Sans a priori
Sans cagoule peut-être ?
Tu sais j’aimerais qu’on parle et que tu me comprennes
Et que tu vois l’ensemble des choses que nous faisons
Pas seulement celles qui te dérangent
Pas seulement ce qui te chahute
Tu sais
Nous sommes des ami.es qui s’ignorent
Et ça se joue à quelque millimètres
À quelques termes
À quelques barrières
À quelques vitrines brisées
Et un peu de patience

Tu sais nous aussi
Nous avons des amours
Des peurs
Des hontes et des colères
Et c’est ce qui nous guide
Ça et seulement ça
Et c’est seulement là
Que nous sommes sans limites
Nous écoutons juste ce qui sourd de l’intérieur
Et pas ce qui dégouline par les trous de leurs murs

T’as vu ce qui nous attend ?

Nous sommes
Merde
Du côté des gentil.les
Du côté de l’histoire
Et contre la bêtise
Tu sais j’aimerais pas que tu me crois
Seulement solide
Seulement énervé.e
Seulement à l’affût
Nous avons des fissures
Nous avons les mêmes que les tiennes
Nous ne pensons juste pas les panser
Avec un peu de confort
Et beaucoup d’anesthésiant

Tu sais moi aussi j’ai peur
Tu sais moi aussi j’aime
Moi aussi je ris bêtement
Et moi aussi surtout
La violence me dégoûte
Comme la mort sûrement
Mais les ignorer
Faire comme si tout ça n’existait que très loin
Est le mensonge confortable de celles et ceux qui vivront sans se voir

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25 avr. 17 Mouvement 2 min
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