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À Bure, s’ils réoccupent la forêt, on les expulse !

Un appel à converger en Meuse dés maintenant pour défendre le bois Lejuc !

paru dans lundimatin#104, le 15 mai 2017

Dans nos étranges contrées de Meuse, il semblerait que le temps soit devenu cyclique. La faute n’en est pas au réchauffement climatique, mais à des poussées saisonnières de fièvres autoritaires sur le bois Lejuc réoccupé depuis septembre 2016. Le 26 avril, au terme de moult péripéties judiciaires qui nous faisaient gagner du temps depuis décembre, le tribunal de Bar-le-Duc a finalement déclaré que les habitant-e-s du bois étaient expulsables sans délai. Et, le 18 mai, le conseil municipal de Mandres-en-Barrois va se réunir pour prendre une nouvelle délibération pour « régulariser » l’échange du bois. L’État et l’Andra contre-attaquent.

Nous aurons eu 2 mois de répit, pendant lequel de nouvelles personnes se sont installées, des cabanes construites, des maisons investies, 1500 m² de patates et d’oignons plantés sur des terres squattées, des balades naturalistes et des week-end de sorcières, etc, etc. Maintenant, ça recommence. Après l’été d’urgence et la première expulsion, l’été indien et la réoccupation, l’hiver déter, les menaces sur la forêt et la manif au pied du labo, nous entrons dans le printemps résistant ! Les hélicoptères ont repris leurs survols quotidiens – même en plein milieu de la nuit. Les patrouilles de flics, vautours malfaisants, tournent dans les villages, rendant furieux certain-e-s habitant-e-s. Les feuilles ont poussé un peu partout, et même sur certaines barricades : la Meuse est belle et vous accueille dés maintenant.

Le bois est expulsable donc. Mais pas expulsé. Rappelons, au titre des barricades de « papier » - qui tombent toujours, mais nous font gagner du temps pour construire le rapport de force -, que la délibération ayant permis la propriété de l’Andra sur le bois a été invalidée par la justice le 28 février. Que cette forêt n’a donc jamais cessée d’être le bois communal des habitants de Mandres. Que rien n’est fait au sujet de la future « délibération » du 18 mai. Que de mars à juillet de nombreuses espèces d’oiseaux nidifient dans les bois, ce qui bloque l’autorisation de défrichement. Qu’une grosse dizaine d’espèces protégées – chat forestier, chauve souris, oiseaux… - ont été identifiées au cours des derniers mois. Pour ce qui est des barricades réelles, des cabanes, des vigies... il ne tient qu’à nous de les consolider dés maintenant !

Drôle de calendrier. On aura fort peu parlé « d’environnement » ou de nucléaire lors de cette non-campagne présidentielle aux allures de déballages de télé-réalité à mauvais rebondissements. 2007 est loin, avec le « pacte écologique » de M. Hulot et le spectacle du Grenelle de l’Environnement. Et la promesse de fermeture de Fessenheim lancée en 2012 aura tenu, jusqu’au bout, son rang de promesse. En 2017 on a parlé « affaires », immigration-terrorisme-racisme et sécurité-police. On enfouira les déchets nucléaires comme on rase des bidonvilles, comme on mate des prolétaires dans les quartiers populaires et les luttes : avec une police-milice chaque jour plus fascisée et « autonome » dans son action. Bure est le prolongement dans une zone hyper-rurale du laboratoire répressif d’un pouvoir qui durcit son versant autoritaire chaque mois.

Et ce n’est pas l’avènement d’un banquier glabre au sourire fresh (plutôt qu’une matrone fasciste carnassière) rhabillé des habits « anti-système » du « renouvellement » qui va changer quoi ce soit – sinon dans le rythme - à la marche morbide de l’enfer capitaliste, raciste et autoritaire. Que l’on se batte contre un projet de poubelle nucléaire, contre un aéroport vert, contre toutes les polices et les frontières, contre un plan social, contre les oppressions systémiques, c’est toujours ce monde infernal que l’on cherche à fissurer et arrêter, même pour un moment. En luttant contre tout ce qui nous domine, c’est une myriade d’autres espaces que nous essayons de construire par nous-mêmes, d’autres communautés de vie et de lutte émancipatrices, d’autres chants, d’autres songes, d’autres relations où l’on arrête de se vendre, sans l’aval d’aucune autorité.

Dans la langue décharnée de ceux qui prétendent nous gouverner, ces espaces qui se cherchent, ces conflits qui s’ancrent, sont des « kystes ». Prenons-les au mot : ce monde est malade, offrons lui un abcès à faire joyeusement puruler sur la face blême de son ordre pourrissant. Alors, soyons sympas, offrons un cadeau au nouveau potentat poupin du capitalisme débridé et toute sa clique livide d’apprenti start-upers : une intronisation en beauté avec un conflit assumé au cœur de ces 220 hectares de bois.

Dés maintenant – et comme toujours -, toutes les présences à Bure sont cruciales. Gardons nous de tout triomphalisme, de tout fantasme guerrier ... : nous savons que ce que nous construisons est fragile, et, dans un pari, nous y mettons pourtant tout notre amour. Nous savons aussi que, même si nous sommes plus nombreus(e)s à vivre sur place qu’il y a un an, nous ne sommes pas encore suffisamment fortEs pour les bousculer sur tous les fronts. Il y aura à Bure dans les mois à venir besoin, certes, de boucliers, de tranchées, de barricades, mais aussi et surtout de chants, de massages, de cultiver les champs squattés, de construire des moments de vie ensemble, de s’interroger sur nous et nos relations… Il y aura par-dessus tout besoin de joie, de soin, d’attention aux unEs et aux autres pour continuer d’ancrer ici une vie désirable qui fasse mentir leur désert.

On vous attend !

ANDRAGAGE, RÉSISTANCE ET SABOTAGE !

GARDEZ VOSCHETS, ON GARDE LA FORÊT !

PROCHAINS RENDEZ-VOUS

— *Dés maintenant, convergeons nombreux et nombreuses vers Bure pour renforcer l’occupation dans le bois Lejuc : il y a de la place, il y a des gens là pour vous accueillir, ramenez de quoi être le plus autonome possible : tentes, couchage, bottes, bouffe, frontale, de quoi grimpez si vous avez, matos de construction et outils…
— *Le 18 mai  : APPEL À RASSEMBLEMENT à partir de 18h devant la mairie de Mandres-en-Barrois pour mettre la pression et empêcher un vote permettant de « régulariser » la propriété de l’Andra sur le bois : ramenez de quoi boire et manger, des casseroles, des instruments de musique, banderoles etc ! Plus d’infos à venir sur vmc.camp
— *20 mai : grande manifestation des 300 000 pas à Bure contre la nucléarisation du territoire. Plus d’infos sur www.cedra52.fr/3000
— *17 & 18 juin : Rencontres anticarcérales à Bure, plus d’infos à venir bientôt sur vmc.camp.
— *19 au 26 juin : SEMAINE D’ACTION ET DE NIDIFICATION : venez « nidifier » en forêt avec les chouettes et hiboux du bois pour renforcer l’occupation ! Et organiser des actions contre l’Andra (et son monde (de merde)) ! Plus d’infos à venir sur vmc.camp

EN CAS D’EXPULSION

— *Le jour même
— **Rassemblement à 18h à la Maison de résistance à Bure pour soutenir les expulsé-e-s et décider de la suite.
— **Rassemblement à 18h devant les préfectures pour celles et ceux qui sont trop loin de Bure
— *Grosse manifestation dans les semaines suivant une tentative d’expulsion, suivre les infos sur vmc.camp
— *Appel à actions décentralisées contre les promoteurs et sous-traitants de la poubelle nucléaire : Vinci, Eiffage, Edf, Andra, Areva, le CEA...

Infos  : vmc.camp / sauvonslaforet@riseup.net Tel media : 07 53 54 07 31

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25 avr. 17 Mouvement 6 min
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