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#173 | 7 janvier
 
 
 
Récit de la rencontre d’un transpalette et d’une porte du Ministère des Relations avec le Parlement
 

« Tentant, trop tentant. Le transpalette rentre dans le lard et suffit à briser la porte du Ministère »



Ce huitième rassemblement à Paris aura prouvé deux choses : que les gilets jaunes sont toujours révoltés et qu’il est facile de prendre d’assaut un Ministère.

Ils s’étaient donnés rendez-vous devant l’Assemblée Nationale, même jour, même heure, mêmes pommes déterminées. Et encore une fois, la rage au cœur et le RIC sur les pancartes.
Pour le huitième samedi d’affilée, des milliers de gilets jaunes se rassemblent à Paris, à 14 h. Les promesses de Macron n’ayant visiblement pas suffi à apaiser leurs revendications, ils veulent, encore une fois, se faire entendre, se montrer, continuer une lutte qui peu à peu est devenue leur quotidien.

 
 
 
 
 
Amère célébration - Jérôme Baschet
 

Les 25 ans de l’expérience zapatiste



Jérôme Baschet est historien. Après avoir été enseignant-chercheur à l’EHESS il est désormais professeur à l’université autonome du Chiapas. Depuis San Cristóbal de Las Casas au Mexique, il raconte ici l’amère célébration du 25e anniversaire du soulèvement zapatiste.

Il y a quelques jours, les zapatistes du Chiapas ont célébré les 25 ans du soulèvement du 1er janvier 1994. Un soulèvement armé qui fut un Ya Basta ! à cinq siècles de domination coloniale subie par les peuples indiens, à six décennies de « dictature parfaite » du Parti Révolutionnaire Institutionnel, à douze années de politiques néolibérales symbolisées par l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) qui entrait en vigueur ce jour-là et, plus largement, un démenti à la supposée « fin de l’histoire » proclamée par les thuriféraires du capitalisme omnipotent et de la pensée unique.

 
 
 
 
 
Hommage à Christophe
 

« Cette séance de boxe est un exemple à suivre, pour nous autres Gilets Jaunes. »



Si les vidéos montrant, ce samedi à Paris, un « boxeur » affronter à mains nues des gendarmes ont provoqué des réactions outrées, notamment dans la classe politique ou chez les syndicats policiers, certains Gilets Jaunes semblent avoir apprécié le courage de leur camarade (que la police semble avoir identifié comme étant un certain Christophe, ex-champion de France d’anglaise). Un exemple ici, avec cette « lettre de soutien » que nous avons reçu et accepté de publier.

 
 
 
 
 
De mai 68 aux avortements clandestins : parcours d’un membre du Groupe Information Santé
 

Entretien avec Pierre Jouannet



Dans la continuité de notre article « Pour une enquête dans les lieux de soin », nous publions cet entretien avec Pierre Jouannet, ex-membre du Groupe Information Santé (GIS). Ce groupe, formé autour de Michel Foucault au début des années 70, s’était donné pour tâche de définir les problèmes de santé de l’époque (santé au travail, accueil à l’hôpital, avortement libre, etc.) et de donner les moyens à ceux et celles qu’on cantonne au rôle de « patients » de jouer un rôle actif dans les luttes ayant trait à la santé. Objectif : « démédicaliser la médecine ».

Pierre Jouannet revient longuement dans ce texte sur le moment fondateur que fut Mai 68, et sur l’engagement consécutif d’étudiants en médecine, de médecins, d’infirmières ou de malades dans leur domaine de spécialité : la santé. Il raconte aussi la pratique de l’avortement clandestin, et la lutte conjointe du MLAC, du MLF et du GIS pour la légalisation de l’avortement « libre et gratuit », que des milliers de femmes pratiquent alors chaque année, à cher prix et dans des conditions difficiles. Il explique enfin comment ces années de luttes ont été déterminantes dans sa vie professionnelle en biologie de la reproduction, entre inséminations artificielles, SIDA et transsexuels.

 
 
 
 
 
Soudan, « la révolution jusqu’au bout ! »
 

Thaoura hata alnassr ثورة حتي النصر‫



Il y a deux ans nous publiions un entretien avec un exilé soudanais qui faisait état de mouvements insurrectionnels au Soudan entre 2013 et 2016. Depuis, la répression n’a pas cessé et de nombreux.ses soudanais.es ont pris le chemin de l’exil notamment vers l’Europe via la Lybie et la méditerranée. Ces derniers jours, ce mouvement qui exige la chute du régime a repris de plus belles dans toutes les villes du pays.

Comme ce récit des évènements depuis mi-décembre en atteste, la situation soudanaise n’a rien d’exotique, on peut même dire qu’elle résonne comme jamais avec ce qui se passe en France depuis 2 mois.

[MàJ : nous venons d’ajouter à la fin de cet article un podcast réalisé en novembre par La Maison de la Grèce de Rennes lors de 3 jours de discussions avec des exilés Soudanais qui ont participé aux révoltes contre le régime d’El Béchir. Ces discussions retracent la politisation de la jeunesse, l’influence des révoltes arabes, les nouvelles formes des mobilisations, les conflits dans les facs, les organisations dans les quartiers ou encore les conflits dit « régionaux » comme au Darfour, ou au Sud-Soudan. ]

 
 
 
 
 
Quinze Thèses sur le Débordement (écrites en une nuit)
 

Arthémis Johnson



Thèse n° 1 : le débordement déborde.

Des flammes dans les rues. Des péages incendiés. Une préfecture attaquée. Des voitures de police démantibulées, enflammées, fossoyées. Des magasins pillés. Des vitrines explosées. Des policiers molestés. Quantité d’actes « condamnables » « inacceptables », « intolérables », « inqualifiables ». Des vélos, même, incendiés dans Paris. Et des sapins. Brest, Tours, Dijon, Nantes, Charleville-Mézières, Calais, Saint-Etienne, Bordeaux, Le Puy-en-Velay, Toulouse, Tarbes, Albi, Narbonne, Carcassonne, Le Pouzin, Arles, Avignon, Marseille, Arles. Une Porsch 911. 600 radars. 30 % des horodateurs à Carcassonne. La mairie de Servon-sur-Vilaine, Bretagne, 3555 habitants, est visée.

 
 
 
 
 
Lettre Jaune #15 - 2019, année jaune !
 

« Nous approchons de la fin. Depuis plusieurs mois, nous menons bataille sur le terrain, ensemble, pour bloquer les tentatives suicidaires de ceux d’en haut. Nos vies, celles de nos enfants, et de nos petits-enfants sont sur un fil. »



Depuis le début du mouvement des gilets jaunes de mystérieuses Lettres Jaunes sont diffusées sur les ronds-points et les réseaux sociaux. Nous publions ici cette 15e missive qui aborde, avec toujours autant de justesse et de poésie, l’imminence de la fin de ce monde et la responsabilité qui nous incombe.

Chers Gilets jaunes, Chers hommes et femmes d’en bas,

Nous approchons d’un moment critique. Nous approchons d’un moment historique. Nous approchons d’un basculement de l’histoire. Nous approchons de la fin. Depuis plusieurs mois, nous menons bataille sur le terrain, ensemble, pour bloquer les tentatives suicidaires de ceux d’en haut. Nos vies, celles de nos enfants, et de nos petits-enfants sont sur un fil. Ne jouons pas aux équilibristes en mesurant les avantages ou les inconvénients de telle ou telle mesure constitutionnelle qui pourrait nous redonner, dit-on, des marges de manœuvres. Qu’on se le dise nous n’avons plus la main.

 
 
 
 
 
#GILETSJAUNES Tour de France - 5 janvier
 

Dans plusieurs villes de France, des lecteurs nous ont indiqué avoir vécu les manifestations les plus conséquentes depuis le début du mouvement...



Les fêtes passées, nous revenons avec un tour de France des manifestations de Gilets Jaunes de ce samedi 5 janvier. Et il faut bien admettre que l’on ne constate pas le reflux annoncé (ce qui n’indique rien sur ce que sera la suite du mouvement par ailleurs). Encore une fois nous invitons nos lectrices et lecteurs à nous envoyer leurs récits, car le mouvement des Gilets Jaunes en province subit un traitement très « léger » dans la presse nationale (qui ne cesse pourtant de noter qu’il est constitué en grande partie de personnes habitant « en régions », voire en « territoires ruraux »). Ainsi plusieurs témoins, notamment à Caen ou Montpellier, nous disent y avoir vu ce samedi les cortèges les plus fournis et les plus déterminés depuis le 17 novembre. Et des événements auxquels on n’avait pas assisté depuis bien longtemps...

S’il est pour l’instant en grande partie constitué d’une recension de tweets, cet article sera mis à jour au fur et à mesure de notre récolte d’informations.

 
 
 
 
 
Scandale du hasard
 

Contribution à la question du tirage au sort



Du soulèvement des Gilets jaunes a rapidement émergé, peu après les revendications liées à la justice fiscale ou au problème de la subsistance, une mise en cause radicale du régime parlementaire et du « gouvernement représentatif ». Cette défiance à l’encontre du fonctionnement des institutions politiques ne date évidemment pas d’aujourd’hui, et a débouché sur une réactualisation de problématiques récurrentes dans l’histoire de la pratique et de la théorie démocratiques, parmi lesquelles figure en bonne place la procédure du tirage au sort.

L’objectif du texte qui suit n’est pas de prendre résolument parti, pour ou contre, une telle procédure, mais de tenter, à partir des réflexions de Jacques Rancière sur le sujet, de cerner les significations philosophiques dont elle est porteuse, en la confrontant aux présupposés idéologiques et politiques sur la base desquels lui est déniée sa légitimité : l’empowerment du quelconque comme demande populiste ; les mœurs démocratiques comme règne de l’anarchie des passions ; et la nécessité, pour tout décisionnaire, de posséder un « titre à gouverner ».

 
 
 
 
 
Bons baisers de Bousbir - Solène Langlais
 

A propos de l’ouvrage Sexe, race & colonies, la domination des corps du XVe siècle à nos jours



En 1922 ouvrait le quartier réservé de Casablanca : Bousbir, paradis sexuel pour les colons français, ville-bordel qui abritait jusqu’à neuf cent prostituées en même temps. Elle restera active jusqu’en 1955, date de l’indépendance marocaine, près de dix ans après la fermeture des maisons closes de la métropole. La colonisation est aussi une conquête des corps.

Bousbir est un quartier de divertissement pour les soldats français : on y trouve des restaurants, des salons de coiffure, des cinémas, des bars, des hammams, des bureaux de tabac, des prostituées. Sorte de harem reconstitué pour les blancs en manque d’exotisme, il est construit par les architectes français Henri Prost et Edmond Brion dans un style néo-mauresque. Il habille autant ses résidentes de bijoux et de foulards traditionnels que des mini-jupes occidentales pour satisfaire les goûts divers des clients.

 
 
 
 
 
Procès du G20 - Peut-on prendre une manifestation pour une bande criminelle organisée ?
 

Ce procès écrira un bout de l’histoire juridique allemande et pourrait compromettre durablement le droit de manifester.



Le 18 décembre dernier s’ouvrait l’incroyable procès de cinq personnes arrêtées lors du G20 de Hambourg en juillet 2017 (nous diffusions à cette occasion un appel à soutien). Pourquoi est-il si incroyable ?
1) Il fait suite à l’une des plus grandes défaites du maintient de l’ordre allemand lors du contre-sommet de Hambourg en juillet 2017 (voir les récits publiés sur lundimatin ici et
2) L’aspect exemplaire : 5 personnes sont jugées mais le procès s’ouvre par l’exposé de toutes les dégradations commises le matin du 7 juillet, comme s’ils allaient devoir en répondre également.
3) Les moyens déployés par l’État pour se venger : une propagande médiatique sans précédent, des appels à délation, perquisitions, mandat d’arrêt européen, 180 enquêteurs à temps plein pendant 15 mois.
4) Des innovations comme le fichage massif et automatisé des manifestants grâce à un logicel de reconaissance faciale acheté pour l’occasion ainsi que la mise en place d’un portail de recherche permettant aux honnêtes citoyens d’envoyer des vidéos personnelles pour aider le travail des enquêteurs par de la délation à peine masquée. 100 téraoctets d’informations, 32 000 vidéos et images le tout sans aucun cadre légal.
5) Malgré tout, quelques grains de sable : le dossier est plein mais il est bien vide au moment de donner une preuve fiable au sujet des 5 prévenus à qui on reproche surtout d’avoir été...présents ; la juge ne semble pas disposée à avaler les nouvelles méthodes de la police allemande et leur fondement politique sans examiner attentivement le dossier ; le Commissaire à la protection des données de Hambourg a ordonné la suppression de la base de données utilisée par la police.
« Telle est donc l’ambiance dans laquelle s’est ouvert ce procès-spectacle dont chacun.e, activistes, juristes ou politicard.es, s’accorde à dire qu’il écrira un bout de l’histoire juridique allemande et pourrait compromettre durablement le droit de manifester. »

 
 
 
 
 
Procès en appel des tombeurs de mur de Bure
 

Appel à convergence contre la criminalisation des luttes



Jeudi 10 janvier à 13h la Cour d’Appel de Nancy jugera le cas des « deux Christian », à qui l’Andra reproche d’avoir abattu, lors de la manifestation du 14 août 2016, avec 500 autres personnes, le « mur de Bure », érigé illégalement par l’Andra, qui bordait le bois Lejuc. Ils avaient été condamnés à 2 mois de prison avec sursis et 3000 euros d’amende – soit 1200000 euros divisé par 400, le nombre de participants supposés à la manifestation. Ce procès est un des symboles de la criminalisation massive qui s’abat sur la lutte de Bure (qui n’est pas près de s’arrêter), et plus généralement sur toutes les formes de contestation politique en France.

 
 
 
 
 
La religion, la xénophobie et la question sociale - Ivan Segré
 

Ou les conquêtes de l’idéologie bourgeoise



Au cours de l’année 2017, une polémique est intervenue entre des militants de Lutte Ouvrière (LO) et du Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) au sujet du voile islamique, de l’islamophobie et de la judéophobie, et plus largement au sujet des rapports entre marxisme et religion. Dans un long article adressé à LM, Ivan Segré s’efforce de faire le point sur une question toujours d’actualité, et clivante.

« Nous voudrions examiner la manière dont le « revirement stratégique de la gauche de gouvernement », plus exactement son corollaire, « la focalisation » sur l’islam, a investi une partie de la gauche non gouvernementale, dite aussi « radicale », soit qu’elle ait rallié l’islamophobie de la classe dominante (« patronale, médiatique et politique »), soit qu’elle ait cru prendre le parti inverse en créditant la stigmatisation d’Israël d’un coefficient anticolonial. »

 
 
 
 
 
Du bricolage en période de fêtes
 

« Contrairement à l’ingénieur qui considère la fin, l’objectif visé, avant de réunir les moyens nécessaires à sa réalisation, la pensée sauvage bricole. »



« — Nous sommes désolés. Ce n’est pas nous. C’est le monstre. Une banque n’est pas comme un homme.
— Oui, mais la banque n’est faite que d’hommes.
— Non, c’est là que vous faites erreur... complètement. La banque ce n’est pas la même chose que les hommes. Il se trouve que chaque homme dans une banque hait ce que la banque fait, et cependant la banque le fait. La banque est plus que les hommes, je vous le dis.
C’est le monstre. C’est les hommes qui l’ont créé, mais ils sont incapables de le diriger. »

Steinbeck, Les raisins de la colère

 
 
 
 
 
Poème depuis trop tard - Justin Delareux
 

De l’épique



on avait bien prévenu
depuis la plage
que le retour
serait impossible

 
 
 
 
 
Révélation d’une avant-garde… La grande peur d’une apparition
 

Philippe Tancelin



Par un vent glacial et puissant qui accentue le ressenti de froid et malgré les quelques braseros dont les lueurs réchauffent plus les esprits que les corps, ils sont cette nuit de la St Sylvestre vers 22h un peu plus d’une centaine de gilets jaunes sur le grand rond-point d’Aubenas en Ardèche… Quelques drapeaux tricolores sont plantés au sommet de modestes tentes-abris. Au centre de la partie blanche du drapeau, un poing levé suivi du dessin du département.

 
 
 
 
 
Fatal Error, le Mac O ne répond plus
 

« Les PDG étaient furieux, l’ensemble de leurs entreprises étaient soit occupées soit pillées, et le CAC 40 avait brutalement disparu »



Une fois n’est pas coutume, voici une nouvelle d’anticipation qui projette notre futur ex-président déchu dans la figure d’un ordinateur dernier cri victime d’un bug mystérieux.
"La réunion de direction avait été épouvantable. La presque totalité des PDG lui étaient tombée dessus tel un seul homme, comme si la responsabilité de la situation, certes catastrophique, fut entièrement sienne. Et pas moyen de leur faire entendre raison ; pour la plupart venus d’écoles commerciales et administratives, ils n’entendaient rien aux questions techniques. Pour eux, la machine devait répondre à leurs objectifs comme par magie, aucun esprit pratique. Avec ça, allez leur faire comprendre que l’intelligence artificielle du modèle Mac O R.5.2 (version mise en service sous l’appellation mieux connue et plus glamour de “Mac Rond”) ne pouvait pas réagir autrement qu’elle ne l’avait fait."

 
 
 
 
 
 
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